La Fédération Wallonie-Bruxelles a annoncé la suppression, d’ici fin 2026, des reconnaissances et du financement des organisations de jeunesses thématiques, des associations d’éducation permanente et de certains centres d’archives liés à des partis politiques. L’argument avancé est celui de la rigueur budgétaire. Il est normal que chaque acteur subsidié soit sérieux avec son budget mais nous pensons que d’autres solutions, beaucoup moins brutales qu’un retrait total des subsides et de la reconnaissance sont possibles et cette mesure, présentée comme anodine, aura des conséquences profondes pour la démocratie.
Nous ne sommes pas de simples relais partisans. Nos organisations jouent un rôle essentiel : accompagner les jeunes à devenir des citoyen·ne·s responsables, actif·ve·s, critiques et solidaires. Nous créons des espaces d’échange, de réflexion et de formation où chacun·e peut comprendre les institutions, confronter des idées, et s’engager pour une société démocratique et pluraliste.
En 2023-2024, le programme Apprentis Citoyen·ne·s, organisé par les jeunesses politiques, a permis de réaliser plus de 160 débats dans les écoles secondaires, offrant à des milliers d’élèves la possibilité de discuter de société, de démocratie, et de développer leur esprit critique. Ces activités sont la preuve concrète que ces jeunesses politiques éveillent la citoyenneté, plutôt que de la manipuler.
Nous tenons à le rappeler clairement : nous ne sommes pas des succursales de partis politiques. Nos organisations sont autonomes, pluralistes et transparentes, dotées de leur propre personnalité juridique, d’organes décisionnels indépendants et soumises à des contrôles publics stricts. Nous défendons des idées, pas des consignes. Nous débattons entre nous, parfois en désaccord avec les partis de référence. Cette indépendance, garantie par le financement public, permet justement d’éviter une dépendance directe aux dotations des partis politiques. Pour remplir pleinement nos missions d’éducation et de sensibilisation auprès de plusieurs milliers de jeunes, il est indispensable de disposer de moyens financiers : ces activités ne peuvent être menées bénévolement de manière pérenne.
La suppression des subsides crée donc l’effet inverse de celui annoncé : elle fragilise notre autonomie et nous rend dépendant·e·s des résultats électoraux. Moins de moyens pour un parti = moins de moyens pour les jeunes = moins de projets, moins d’initiatives, moins de débat. C’est un cercle vicieux qui éloigne encore davantage les jeunes de la politique. Pour rappel également, cette annonce de suppression oublie l’histoire et la vocation des organisations de jeunesses : impulsées au sortir de la Seconde Guerre mondiale pour remédier au « manque de politique de jeunesse plurielle » qui avait favorisé l’endoctrinement des années 1930-40.
La disparition du financement public de nos organisations de jeunesses mettrait fin à des espaces uniques de dialogue entre jeunes de différentes convictions. Les débats, les formations citoyennes et les projets communs comme Apprentis Citoyen·ne·s risqueraient de disparaître. Or, dans un contexte de polarisation croissante et de méfiance envers les institutions, c’est un contresens total.
Fermer ces lieux de discussion, c’est se priver d’outils pour comprendre et transformer la société pour des jeunes. C’est aussi ouvrir la voie à une jeunesse dépolitisée, désabusée et plus vulnérable aux discours simplistes.
Les six organisations de jeunesses politiques reconnues reçoivent 1,176 million d’euros par an, soit à peine 0,03 % du budget global de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Autrement dit, on sacrifie la formation citoyenne et la démocratie des jeunes pour une économie insignifiante. Cette décision ne résoudra pas les défis budgétaires de la Fédération mais elle portera un coup durable à l’éducation à la citoyenneté. Par ailleurs, elle entrainera aussi inévitablement la suppression de nombreux emplois, fragilisant durablement tout un secteur associatif.
La Déclaration de Politique Communautaire (DPC) ne mentionne nulle part la suppression des jeunesses politiques. Au contraire, elle insiste sur la promotion de la citoyenneté, le renforcement de l’esprit critique et la lutte contre l’extrémisme. Elle garantit aussi l’autonomie d’action et de conviction du secteur associatif. Supprimer notre reconnaissance va donc à l’encontre même des engagements du gouvernement.
Nous ne demandons pas de privilège. Nous défendons un principe fondamental : celui que chaque jeune, peu importe son origine ou ses opinions, puisse s’engager librement, débattre et s’émanciper dans un cadre démocratique indépendant. Supprimer le financement des jeunesses politiques c’est : affaiblir la voix des jeunes dans le débat public ; appauvrir la diversité démocratique et, à terme, affaiblir toute la société.
Une démocratie sans jeunesse organisée, c’est une démocratie qui se fissure. Et aujourd’hui, cette fissure s’agrandit.