Carte blanche à la CNAPD : L’odeur délétère du gaz…

Communiqués de presse

La Crimée vaut-elle un conflit ? Les intérêts énergétiques semblent peser bien plus lourd que le sort des populations. C’est aussi le cas dans ce bras de fer des puissances.

Les besoins de l’Union Européenne en gaz ne font qu’augmenter. Plus de 800 milliards de mètres cube (Mm³) seront nécessaires à sa sécurité énergétique en 2030. Son principal fournisseur ? La Russie qui possède près du quart des réserves mondiales. Autant dire que les pays énergivores de l’UE ne pourront se passer du partenaire russe. En dépit des discours qui le condamnent aux « sanctions ».

Par ailleurs, le budget russe dépend pour moitié de ses ventes de matières premières. Moscou a besoin de l’argent du gaz pour abreuver une économie intérieure plombée et rivetée aux investissements et débouchés européens. Autant dire que la « démocratie autoritaire » ne pourra se passer de son riche client continental. En dépit des discours martiaux.

La musculation très spectaculaire sur le territoire ukrainien ne doit pas occulter cette évidence économique : l’interdépendance des adversaires les contraint à demeurer des partenaires.

Il y a peu, l’Ukraine était le passage obligé de près de 80% des flux de gaz qui acheminaient le combustible jusqu’aux chaumières européennes. La Russie cherchait à contourner cet État inconstant qui jouait à plusieurs reprises la carte du défaut de paiement. Avec des partenaires européens différents et dispersés, la très dépendante Gazprom élaborait les contournements Nord et Sud de la gênante république.

Et voici que depuis la fin de 2011, le gazoduc Nord Stream achemine près de 30 Mm³ par an vers l’Allemagne associée et intégrée au marché commun. Vers 2015, le tube South Stream sera en mesure d’inonder l’Europe de près de 60 Mm³ supplémentaires. Sa réalité a plombé le projet Nabucco, favori des USA et de l’UE. Titanesques, ces investissements auront nécessité plus de 30 milliards d’Euro. De leur côté, les USA cherchent depuis peu à exporter du gaz naturel. Le produit offre aux Européens la diversification des approvisionnements et propose une alternative lucrative au gaz russe. Chevron vient aussi de signer un partenariat avec l’Ukraine pour y explorer un prometteur gisement.

C’est dire que l’odeur du gaz se charge sur le dossier du contournement de l’Ukraine de solides intérêts. Grandes perdantes de cette partie d’échecs, les populations vivent un avenir improbable et la mouise du quotidien. En russe ou en ukrainien, on se lamente du prix du gaz que le FMI veut voir réel et qui est désormais plus cher qu’en la prospère Allemagne…

 

Cet article a été rédigé par Thibault Zaleski, de la Coordination Nationale d’Action pour la Paix et la Démocratie pour JUMP, le magazine d’écolo j (Édition n°14 – Connexions Citoyennes )

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